Author: Olivier Conus

  • Promotion immobilière à mi-2026 : toujours au fond du cycle

    Le premier semestre 2026 confirme que le marché de la promotion immobilière reste scotché à un niveau historiquement bas. Avec 23 800 réservations par les particuliers, le recul atteint –15 % par rapport au premier semestre 2025. Pour mémoire, ce chiffre était de 28 900 en 2025, 33 900 en 2024, et 56 700 en 2022. La chute a été vertigineuse, et le marché stagne désormais sur ce plancher, sans signe de rebond significatif.

    Des dynamiques régionales contrastées, mais toujours atones

    Les grandes agglomérations affichent des situations divergentes. Rennes, Montpellier ou Bordeaux enregistrent des baisses persistantes des volumes de réservations, avec des reculs compris entre –10 % et –20 %. À l’inverse, Toulouse, Strasbourg, Lille et le Grand Paris connaissent de légères progressions, souvent techniques. Pour Aix-Marseille-Provence, Lille, le Franco-Genevois ou les Alpes-Maritimes, les évolutions se situent entre –10 % et +10 %, reflétant une stabilité relative après un premier semestre 2025 particulièrement faible. Les volumes restent donc modérés, sans véritable embellie.

    L’investissement locatif ne redémarre pas non plus : moins de 5 400 réservations en logement neuf au premier semestre 2026, un niveau quasi identique à celui de 2025, où le dispositif Pinel avait déjà disparu. Aucun effet majeur des dispositifs récents (statut du bailleur privé-Jeanbrun, LLI investisseur). Seule Toulouse Métropole se distingue, avec plus de 300 ventes à investisseurs, en progression par rapport à 2025.

    Une offre commerciale en tension

    Côté mises en vente, le premier semestre 2026 s’affiche à 26 000 logements, un niveau identique au deuxième semestre 2025 et en recul de –30 % par rapport au premier semestre 2025. Cette baisse concerne quasi toutes les grandes métropoles (Strasbourg, Franco-Valence, Alpes-Maritimes, Lille, Aix-Marseille-Provence, Lyon, Grand Paris). Seules les métropoles de Nantes et Toulouse enregistrent une légère progression, à relativiser au regard du niveau historiquement bas de 2025. Résultat : 85 000 à 86 000 logements disponibles à la vente au 30 juin 2026, soit une très légère baisse par rapport à juin 2025. Malgré cette stabilité apparente, l’offre commerciale ne se renouvelle pas, faute de mises en vente suffisantes.

    Ventes en bloc : pas de salut en vue Les données du deuxième trimestre 2026 ne sont pas encore disponibles, mais le premier trimestre 2026 a confirmé un recul de –6 % des volumes de vente en bloc par rapport au premier trimestre 2025, avec moins de 7 000 lots vendus. Rien ne garantit que le rebond viendra de ce segment en 2026, malgré les espoirs placés dans les investisseurs institutionnels ou les bailleurs sociaux.

    Construction neuve : le découplage persiste

    À fin mai 2026, 385 000 logements ont été autorisés en France, soit un recul de près de 6 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Du côté des mises en chantier, sur les 12 derniers mois, 295 000 logements ont été lancés, soit –13 % par rapport à la moyenne quinquennale. Le logement individuel (106 700 mises en chantier, –23 %) et le logement collectif (188 500, –6 %) sont tous deux en recul. La machine de la construction neuve tourne au ralenti.

    Des prix qui résistent… pour l’instant

    Au mois de juin 2026, le prix moyen de vente en France s’établit autour de 5 500 €/m² (stationnement compris). Une valeur légèrement en hausse par rapport à juin 2025, mais qui, moyennée sur le semestre, reste globalement stable. Depuis un an, les prix oscillent de manière très marginale en logement libre.

  • Construction neuve, l’inquiétante dérive du grand découplage

    Le marché de la construction neuve aborde l’été 2026 au ralenti. À fin mai, seuls 18 500 logements neufs ont été commercialisés auprès des particuliers (-20 % sur un an), tandis que les mises en vente s’effondrent de 31 %. Faute d’inflexion, la promotion immobilière s’enfonce dans une érosion prolongée qui grippe l’ensemble de la chaîne de production.

    Un fossé qui dépasse le simple décalage technique

    Au-delà des volumes, c’est le découplage massif entre autorisations et ouvertures de chantiers qui alerte. Si un écart est structurel (décalage temporel, abandons, recours), son ampleur actuelle est inédite. Sur douze mois, pour 386 000 logements autorisés, seuls 295 000 ont démarré.

    Ce déficit de 91 000 logements représente une perte en ligne de 24 % des autorisations. À titre de comparaison, ce ratio de non-concrétisation n’était que de 10 % en 2014 (38 000 logements) et de 12 % en 2018 (56 700 logements).

    Le problème ne réside plus dans l’instruction des permis : les projets sont prêts, mais bloqués par l’hypersensibilité de leur équilibre financier :

    • Des taux d’intérêt en progression constante (BCE) qui désolvabilisent les acquéreurs ;
    • Des coûts de construction en hausse sensible qui condamnent la faisabilité des opérations ;
    • Une panne de la pré-commercialisation, privant les programmes des GFA indispensables au démarrage.

    Une fracture territoriale qui se fige

    Ce phénomène de permis en sommeil se concentre logiquement sur les zones à forte tension foncière :

    • Auvergne-Rhône-Alpes : 31 % d’écart (53 000 autorisations pour 36 400 chantiers)
    • Hauts-de-France : 27 % d’écart (26 900 autorisations pour 19 600 chantiers)
    • Île-de-France : 25 % d’écart (67 300 autorisations pour 50 300 chantiers)

    À l’inverse, le Grand Est (11 %), la Bretagne (15 %) ou la Normandie (17 %) maintiennent un taux de concrétisation proche des standards historiques, portés par des marchés locaux moins instables.

    Le levier institutionnel pour relancer (à nouveau) la machine ?

    Face à la paralysie de la demande privée, le salut à court terme dépend des acheteurs en bloc. Lors du Printemps des Territoires, la Banque des Territoires a dévoilé une feuille de route offensive : mobiliser 100 milliards d’euros pour produire 650 000 logements abordables d’ici 2030.

    Cette injection massive offre une bouffée d’oxygène cruciale pour débloquer les opérations prêtes et purger les stocks de permis. Reste une réalité : la commande institutionnelle soutiendra l’offre, mais elle ne pourra se substituer durablement au véritable moteur du marché : la solvabilité des ménages.

  • Immobilier 2026 : la visibilité, condition sine qua non du nouveau cycle

    Le printemps 2022 restera comme le point de bascule d’un cycle immobilier inédit. Si l’onde de choc de la guerre en Ukraine a servi de catalyseur à une crise dont les fondamentaux étaient déjà fragilisés, ce cycle a d’abord pris la forme d’une rupture brutale. En l’espace de deux ans, le marché de la promotion immobilière a subi une véritable purge, marquée par une envolée des taux qui a mis à mal les capacités de financement et une chute quasi verticale des réservations de logements neufs.

    Pourtant, l’analyse des trajectoires de vente de ces derniers mois révèle un changement de nature dans cette crise. Nous ne sommes plus dans la chute libre de 2022, mais dans une phase d’érosion lente. Le marché semble chercher son point d’équilibre, un « plancher technique » situé autour de 50 000 réservations annuelles. Ce chiffre est essentiel : il représente le socle de résilience d’un secteur qui, malgré un contexte macroéconomique et géopolitique saturé d’incertitudes, continue de répondre à un besoin fondamental de logement.

    Aujourd’hui, le marché paraît comme anesthésié. Aux tensions renouvelées au Moyen-Orient s’ajoute une incertitude persistante sur l’évolution des taux : après une brève accalmie, la menace d’une nouvelle phase ascendante pèse sur la visibilité des opérations. Par ailleurs, si le dispositif Jeanbrun est opérationnel depuis quelques semaines, son impact ne se fait pas encore sentir dans les chiffres de vente du 1er trimestre 2026. Ce délai tient à la nécessaire appropriation de l’outil par les acteurs du secteur, mais aussi, sans doute, à de futurs ajustements techniques indispensables pour l’adapter aux réalités du terrain. À plus long terme, l’approche des échéances électorales de 2027 pourrait également accentuer l’attentisme des investisseurs.

    L’enjeu dépasse désormais le simple cadre fiscal. Pour une industrie qui s’inscrit structurellement dans le temps long, le véritable moteur du rebond ne sera pas une mesure isolée, mais le retour à une véritable lisibilité. Si le seuil des 50 000 ventes constitue un plancher pour la promotion classique, la filière est à la croisée des chemins : entre l’adaptation nécessaire aux coûts de construction élevés et l’émergence — encore lente dans les indicateurs — des métiers de la transformation de l’existant. Plus que jamais, la visibilité sera la clé pour transformer les contraintes actuelles en nouveaux modèles de production durables.

  • Printemps 2026, une reprise à l épreuve du réel

    Le premier bilan de ce début d’année 2026 dessine une trajectoire de transition. Si un certain « printemps » se manifeste par un regain de l’activité commerciale dans les grandes agglomérations, ce redémarrage reste bridé par des facteurs structurels. Le marché continue de traverser une phase de réglage entre les niveaux de prix, l’évolution des taux et la capacité contributive réelle des ménages.

    Le crédit comme curseur de solvabilité

    Selon l’Observatoire Crédit Logement / CSA, le taux moyen s’établit à 3,25 % en février 2026. Ce léger renchérissement par rapport à décembre (3,16 %) et février 2025 (3,17 %), alimenté par les incertitudes budgétaires du début d’année, agit comme un révélateur : à 5 420 €/m² en moyenne nationale pour le collectif neuf, le point de rupture avec les revenus est atteint pour une large part de la demande, hors dispositifs d’accession aidée.

    Promotion et construction : le double frein

    Dans le neuf, la résistance des réservations (13 000 unités estimées au 1er trimestre, -6 % sur un an) masque une forte contraction de l’offre. Les mises en vente chutent de 25 % (près de 10 300 logements), impactées par l’attentisme lié aux élections municipales.

    Parallèlement, l’investissement locatif affiche un rebond technique (environ 2 850 réservations, +21 %) par rapport au point bas post-Pinel du T1 2025, mais demeure très inférieur à la moyenne historique de 4 100 unités. Le nouveau dispositif « Jeanbrun » est encore trop récent pour que ses effets soient mesurables.

    Cette anémie est confirmée par les indicateurs du SDES à fin février : si le collectif résiste en autorisations (+3 % vs moyenne 5 ans), l’individuel s’effondre (-17 %). Avec seulement 283 007 mises en chantier sur douze mois (-17,7 % vs moyenne 5 ans), l’outil de production reste au plus bas.

    Dynamiques territoriales et marché de l’existant

    La reprise des volumes est avant tout géographique : la totalité des grandes métropoles (Strasbourg, Toulouse, Grand Paris, Franco-Genevois, Alpes-Maritimes en tête) affiche une activité supérieure au trimestre précédent. L’appétence pour la résidence principale reste le moteur de ce flux.

    En parallèle, le marché de l’ancien confirme sa fonction de socle. Selon l’indice Notaires-INSEE, avec 951 000 transactions (chiffre consolidé) sur l’année et des prix quasi stables (+0,7 % sur un an), l’existant maintient une fluidité que le segment de la promotion, entravé par ses coûts de revient et la raréfaction de son offre, peine à retrouver.

    Vers un nouveau réalisme économique

    Ce début d’année 2026 confirme que le marché est désormais hautement sélectif. L’enjeu des prochains mois, une fois la parenthèse électorale refermée, sera la capacité de l’offre à se recalibrer sur le pouvoir d’achat. La valeur ajoutée ne réside plus dans l’attente d’une baisse des taux, mais dans l’ajustement du prix de sortie. La reprise est là, territoriale et pragmatique ; il s’agit désormais de l’accompagner par une offre adaptée aux revenus.